Lutter contre le harcèlement scolaire, un travail de tous les instants

Le 7 novembre a lieu la journée de lutte contre le harcèlement scolaire. Mais la prévention ne se limite certainement pas à cette journée. Depuis des années, la police intervient notamment dans les écoles et sur les réseaux sociaux. Voici quelques exemples...

Vous connaissez certainement l’application Cyber-Help ? Déjà active dans plusieurs écoles et en passe de se généraliser dans le futur, celle-ci a pour objectif de lutter contre le cyberharcèlement. « Si l’élève est destinataire de messages moqueurs ou insultants ou qu’il voit des photos circuler, en cliquant sur une icône, l’application va effectuer une capture du contenu et générer un mail qui sera transmis aux membres de l’équipe éducative », détaille Olivier Bogaert, commissaire à la Computer Crime Unit de la Police Fédérale. L’équipe éducative pourra ensuite analyser la situation et prendre contact avec la victime.

Cyber-Help

Développée par l’Université de Mons et la Ville de Mons, l’application est soutenue par la police qui voit son travail facilité en cas de plainte pour cyberharcèlement. Les policiers disposent en effet d’un rapport détaillé des faits grâce aux captures d’écran.

 

De nombreuses actions organisées par les zones

La Police Locale est aussi très active sur le terrain de la prévention. C’est notamment le cas de la zone de police Boraine. Depuis de nombreuses années, elle est présente sur Facebook avec sa page Borice Jeunesse. La mascotte en forme de renard délivre différents conseils. « Notre mascotte Borice Jeunesse permet de dédramatiser les situations, de montrer que le policier est à l’écoute. La page Facebook du même nom a été lancée en 2012. Via la fonction « chat », les jeunes peuvent s’adresser à nous sans crainte. Des rencontres physiques sont ensuite organisées », explique l’inspecteur principal spécialisé David Tournai, membre du service d’enquête et de recherche à la zone de police Boraine. Ces dernières années, le phénomène du harcèlement a pris d’autres formes. « On constate que le « revenge porn » prend une grande ampleur… »

Sous les yeux de la mascotte Borice Jeunesse.
Sous les yeux de la mascotte Borice Jeunesse.

 

La zone de police Boraine est bien consciente que le harcèlement et le cyberharcèlement représentent des problématiques majeures au sein de notre société.  « Avec les réseaux sociaux, le harcèlement n’a plus de frontière et les victimes n'ont plus vraiment d'endroit où se réfugier. Au travers nos diverses actions, nous voulons dire aux victimes qu'elles ne sont pas seules et surtout qu'elles doivent en parler à une personne de confiance.  Et aux auteurs, nous souhaitons leur faire comprendre le mal qu'ils font, les conséquences terribles que leurs paroles, gestes et écrits peuvent avoir... mais aussi le fait qu'ils peuvent être poursuivis ! », souligne le commissaire divisionnaire Jean-Marc Delrot, chef de corps à la zone de police Boraine.

Au total, 1 000 élèves de la zone sont chaque année accompagnés depuis 13 ans.
Au total, 1 000 élèves de la zone sont chaque année accompagnés depuis 13 ans.

 

« Chut au silence » est mené avec le CPMS et une troupe de théâtre.
« Chut au silence » est mené avec le CPMS et une troupe de théâtre.

 

Un travail de longue haleine

Pour faire face aux différents types de harcèlement, la zone met sur pied des actions comme le parrainage. « L’opération a lieu sur base volontaire au sein de notre zone. Les policiers et policières accompagnent les jeunes dans leur passage vers les secondaires. Chaque année, ils les rencontrent à 5 reprises, notamment au travers d’ateliers. L’un est dédié à la sécurité routière, l’autre à la violence dans et aux abords des écoles et au harcèlement en ligne. Et le dernier se centre sur l’environnement », précise Lorena Sorce, en charge du pôle événementiel. Dans ce cadre, le projet « Chut au silence » est mené avec le CPMS et une troupe de théâtre. « Les élèves se mettent dans la peau du harceleur, de la victime, du témoin et interprètent différentes saynètes. Un meneur de jeu les invite à réagir avant, pendant et après les séquences. Le public est amené à donner son avis, à questionner les personnages, trouver des arguments, une réplique, une autre issue, à continuer l’histoire…. L'animation se clôture par l'intervention d'un policier sur les conséquences en matière de justice et du rôle de la police. »

Au total, 1 000 élèves de la zone sont chaque année accompagnés depuis 13 ans. « À cela, on ajoute ponctuellement des actions qui concernent la violence et le racket pour le premier degré du secondaire ou la sécurité routière pour les rhétos. La prévention nous tient très fort à cœur », insiste Lorena Sorce. 

 

D’autres actions encore…

La zone de police Entre Sambre et Meuse organise elle aussi un atelier destiné principalement à la prévention du harcèlement scolaire. En tout, 750 à 1 000 jeunes âgés de 11 à 14 ans en bénéficient chaque année depuis 2015. « Ce module d’une heure trente a pour but principal de conscientiser les jeunes à ce phénomène de société, tout en les aidant à réagir !  Il aborde les thèmes suivants : définition du harcèlement, mécanismes, acteurs, profil des auteurs et de victimes, modes de détection ainsi que les manières de s’en sortir ou d’aider les autres », expliquent l’assistante sociale Isabelle Ramoisy et l’inspecteur principal David Rogiers, en charge de l’atelier. « Après une brève présentation, les élèves sont invités à participer à un “brainstorming” sur le sujet.  S’en suivent des échanges d’idées, des diffusions de capsules vidéo et des lectures de textes.  Le tout se veut interactif et participatif. » Un autre projet de prévention concernant les violences au sein des couples d’adolescents a aussi vu le jour. « Il a été testé début 2020 sur 500 élèves âgés de 16 à 18 ans. C’est un franc succès également ! », affirme Isabelle Ramoisy.

 

Une initiative récente.A la zone de police Nivelles-Genappe, c’est une nouvelle initiative qui a vu le jour l’an dernier, menée par l’inspectrice Elodie Smeekens. Éducatrice de formation, elle a mis sur pied le projet « Stop aux mauvais comportements à l’école ». Il s’adresse aux jeunes de sixième primaire à travers 4 thèmes : le harcèlement, les dépendances (alcool, stupéfiants,…), les pressions (racket, réseaux sociaux,…) et la sécurité en général. Une initiative déjà fort appréciée dans les écoles de Nivelles et Genappe. « Elles sont nombreuses à avoir réagi positivement », nous explique-t-on à la zone de police brabançonne. Le projet se compose d’une présentation didactique appuyée par un livret de 20 pages créé de toutes pièces par la zone.

 

Chacun à son niveau

La lutte contre le harcèlement doit impliquer chacun d’entre nous. L’inspecteur Oussama Oulichki, membre de la brigade d’intervention territoriale à la zone de police Bruxelles-Capitale-Ixelles, est régulièrement confronté à des jeunes en difficultés. Il a tenu à faire passer un message. « La langue n’est qu’un petit morceau de chair, mais la force qu’elle recèle peut suffire à briser le cœur d’autrui. Prenons conscience que nous sommes tous humains, chacun avec son caractère et ses particularités. Nous aspirons tous à vivre ensemble de manière pacifique. »

Beata Jonczyk travaille elle comme agent de quartier à Bruxelles-Capitale-Ixelles et organise également des sessions d’informations dans les classes. « Tout enfant a droit à une enfance insouciante et joyeuse. L’école, c’est apprendre, vivre des expériences intéressantes, apprendre à relever des défis en explorant ses possibilités et limites. C’est la meilleure garantie d’une vie d’adulte heureuse et réussie. Le harcèlement gâche tout et laisse des plaies profondes. Ensemble, faisons la différence ! Disons non au harcèlement ! », termine l’inspecteur principal.