Jean, le plus ancien policier de la route en activité en Belgique
Le mercredi 10 juin 2026, le premier inspecteur principal Jean Fiddelaers, de la Police de la Route du Limbourg, a été mis à l’honneur au complexe De Witte de Haelen à Bruxelles. Après 52 années de service, notre collègue, 70 ans, prendra une retraite bien méritée le 1er juillet, après l’avoir reportée pas moins de sept fois. Il est temps pour notre collègue de lâcher prise, même si ce ne sera pas chose facile.
Une carrière exemplaire
Jean est le plus ancien membre du personnel opérationnel encore en activité au sein de la Police de la Route (il a soufflé ses 70 bougies fin mai), mais aussi de la Police Intégrée. À l’approche de sa retraite, son agenda n’en reste pas moins bien rempli : Jean doit encore donner plusieurs formations continuées à des motards (pour l’école de police limbourgeoise PLOT), sur différents sites dont Zolder, et, fin juin, il donnera encore le cours « poursuite et interception » à Anvers... Jusqu’au dernier jour, il s’investira à cent pour cent dans son travail et ne ménagera pas sa peine. « Sa carrière est exceptionnelle, par sa durée et son intensité », a déclaré le directeur de la Police de la Route, le commissaire divisionnaire Koen Ricour, lors d’une petite cérémonie conviviale organisée en l’honneur de notre collègue.
La Porsche
Le 10 juin dernier, Jean Fiddelaers a en effet été mis à l’honneur au complexe De Witte de Haelen, à Bruxelles, en présence de son épouse (également membre de la Police Fédérale), d’amis, de collègues – actuels ou anciens – de la Police de la Route du Limbourg, et de quelques représentants des autorités de sa commune de résidence (dont le bourgmestre de Hechtel). Tous les invités, sans exception, n’ont eu que des éloges à son sujet ! Mais avant le début de la cérémonie officielle, j’ai pu m’entretenir avec lui et découvrir le parcours de cet homme remarquable.
Jean a débuté sa carrière le 27 juin 1974 à la gendarmerie. Il a suivi une première formation d’un an à Wilrijk, puis une seconde, pendant deux ans, à Bruxelles pour devenir sous-officier d’élite. Son projet a toujours été de travailler à la Police de la Route – il n’avait pas la chance d’avoir une moto ou un vélomoteur chez lui – et, en 1978, il a pu concrétiser ce rêve après avoir réussi les examens nécessaires. Après neuf mois à la WPR de Wilrijk, Jean a travaillé plusieurs années au complexe Géruzet à Bruxelles, avant de rejoindre Hasselt en septembre 1983, qu’il n’a plus jamais quittée.
Lorsqu’on lui demande quels sont les moments forts de sa carrière, Jean répond ce qui suit : « La formation que nous avons suivie était très professionnelle et j’ai adoré faire de la moto ! J’ai commencé ma formation sur une Harley – à l’époque, il n’était pas encore nécessaire de savoir conduire une moto – et j’ai ensuite roulé avec tous les modèles : BMW, Yamaha, etc. Mais le summum, c’était une voiture : la Porsche ! Seuls quelques-uns étaient autorisés à la conduire. J’ai pu suivre la formation 'véhicules rapides' à Zolder, car j’avais obtenu de bons résultats à l’école de maîtrise automobile. »
Moniteur jusqu’au dernier jour
« Outre la conduite elle-même, j’aime aussi beaucoup enseigner », poursuit Jean. « Je suis moniteur de tir depuis 1980. Je donne donc des cours de tir pour la Police Fédérale ainsi que diverses formations 'moto' pour la Police Intégrée. »
Jean a connu beaucoup de beaux moments, mais il y en a un qui l’a marqué tout particulièrement. « Quand on peut aider les gens, par exemple en faisant quelque chose qu’ils n’attendent pas de vous », explique-t-il. « Je me souviens d’un couple de Néerlandais qui rentrait de vacances. Leur voiture était en perte totale à la suite d’un accident, et ils n’avaient aucun moyen de rentrer chez eux. Après mon service, je leur ai proposé une tasse de café, puis je les ai ramenés à Amsterdam avec ma propre voiture. Ils ont continué à m’envoyer une carte pendant de nombreuses années encore après cet épisode… »
S’il a vécu beaucoup de beaux moments, Jean en a également connu des plus sombres. « À Diepenbeek, deux de ses collègues ont perdu la vie dans un accident particulièrement tragique : alors qu’ils contrôlaient un camion sur l’autoroute, un autre camion les a percutés. C’était une situation très pénible. Il sont morts tous les deux sur le coup. »
« Toute l’Europe passe par la Belgique »
Jean Fiddelaers a vu défiler bien des changements. Le passage de la machine à écrire au PC. Les différentes réformes de la police. Le passage au numérique, avec l’importance croissante des modules et des applis. « Les infractions restent les mêmes, mais la charge de travail a augmenté. Prenons l’exemple du transport de marchandises. Un nombre incalculable d’étrangers traversent chaque jour notre pays, et les différentes législations sont vastes et complexes. On ne peut pas tout connaître ; sans outils numériques sur la route, on est perdu. Pour gérer tout cela, la Police de la Route utilise une Power App, et elle est vraiment sensationnelle ! »
Le paysage au sein de la WPR a également changé. « Autrefois, tout membre de la WPR devait être titulaire d’un brevet de motard. » Ce n’est plus le cas aujourd’hui, si bien qu’il faut parfois patrouiller avec des collègues non brevetés, en voiture donc. Obtenir le brevet n’est pas une mince affaire : le programme est lourd et dense, et il faut réussir à la fois la théorie et la pratique. » En 1978, Jean était d’ailleurs la troisième personne seulement à obtenir son brevet en terminant premier de sa promotion à la fois pour la partie pratique et pour la théorie. Un parcours sans difficulté pour lui ! « J’ai ça dans le sang, c’est une partie de moi-même. »
Au service des citoyens
« Aux jeunes qui souhaitent donner un sens à leur métier, qui veulent aider et protéger la population, je recommanderais sans hésiter de rejoindre les rangs de la police » conclut Jean. L’offre de formations (spécialisées) est très vaste et les possibilités sont innombrables. Pour ma part, je serais bien resté trois ans de plus. En décembre (2025), j’ai reçu le plus beau cadeau de Saint-Nicolas dont je pouvais rêver : on m’a autorisé à travailler encore pendant six mois. Mais c’était la toute dernière prolongation… Maintenant, je dois mettre mon travail de côté, laisser tout cela décanter et me reposer un peu. Je n’ai pas encore de projets. Je verrai bien quelles possibilités s’offrent à moi. Qui sait, je pourrai peut-être encore donner cours dans le cadre d’un flexi-job… »
« Une source d’inspiration pour les jeunes collègues »
Lors de la cérémonie, le directeur de la Police de la Route, le premier commissaire divisionnaire Koen Ricour, a décrit Jean comme un collègue hors du commun, qui a reporté son départ à la retraite pas moins de sept fois et a continué à travailler quatre ans au-delà de l’âge légal. Un homme expérimenté pour qui la retraite n’est pas une fin. « Il apportera sa pierre à l’édifice jusqu’au dernier jour. C’est impressionnant de voir à quel point il a continué à s’investir dans son métier et a voulu se former et évoluer en permanence. »
Koen Ricour a également qualifié Jean de valeur sûre, précisant que les personnes comme lui ne disparaissent pas de l’organisation, qu’on se souvient d’elles pour toujours. Et le directeur de conclure que son dévouement, son sens du devoir, son professionnalisme, sa modestie, son humour... sont une source d’inspiration pour de nombreux jeunes collègues, avant de lui adresser chaleureusement un ultime remerciement et de lui souhaiter plein succès pour l’avenir.
« Je suis reconnaissant d’avoir bénéficié de toutes ces opportunités »
Jean a finalement pris lui-même la parole. Fils d’un commandant de brigade, il n’a pas eu droit à une moto à la maison et n’a donc pas eu d’autre choix que de s’engager dans la gendarmerie, tout comme son frère d’ailleurs. En revenant sur sa carrière, Jean nous a révélé ne pas avoir l’impression d’avoir travaillé pendant 52 ans, mais plutôt d’avoir pu exercer sa passion.
« J’ai toujours aimé travailler, j’ai toujours eu de chouettes collègues, et je suis extrêmement reconnaissant d’avoir bénéficié de toutes ces opportunités et de ces nombreuses possibilités de formation qui m’ont permis de me spécialiser. J’ai toujours eu beaucoup d’estime pour la gendarmerie et la police, et cela ne changera jamais. »
Anecdotes
Les personnes présentes le 10 juin ont raconté que Jean avait fait beaucoup de bêtises et qu’il a fait beaucoup rire. Certains se sont laissés aller à des anecdotes : Jean qui avait eu la main lourde sur le savon en nettoyant sa moto de service et qui s’est pris de plein fouet le mur de la caserne parce qu’il n’avait pas bien rincé ses disques de frein, Jean qui a été renversé par son propre frère – un jour qu’ils étaient de service ensemble – en s’arrêtant pour une infraction qu’il venait de constater… D’aucuns n’ont pas hésité à parler d’une icône, quelqu’un qui ne connaît ni la peur ni le danger. Lorsqu’un collègue disait « il n’osera pas le faire », il le faisait à coup sûr... Espérons qu’il osera désormais... prendre sa retraite, qu’il a par ailleurs bien méritée ! Bonne chance, Jean !