Sandrine De Boeck-Desmedt : s'appuyer sur l'expertise pour préparer l'avenir
Le 1er avril 2026, le commissaire Yves Goethals a fermé une dernière fois la porte de son bureau pour profiter d’une retraite bien méritée. Après 25 ans passés à la tête de la cellule Child Abuse, il a fait de cette dernière une référence. La tâche qui attendait sa successeure, la commissaire Sandrine De Boeck-Desmedt, s’annonçait donc ardue. a
Grâce à son expérience dans de nombreux domaines, notamment dans celui de la jeunesse et des délits de mœurs, elle s’est toutefois avérée être la personne idéale pour poursuivre le développement de la cellule.
Avant de rejoindre les rangs de la police, la commissaire De Boeck-Desmedt comptait déjà une dizaine d’années de carrière dans le secteur privé, d’abord dans le tourisme, puis dans le secteur bancaire.
En 2008, elle a changé de cap et intégré la police pour un nouveau défi professionnel. « J’ai commencé comme inspectrice au sein de la zone de police Marlow (Uccle, Watermael-Boitsfort et Auderghem), où j’ai exercé différentes fonctions pendant deux ans : interventions, patrouilles ’flagrant délit’, assistance aux victimes et helpteam. Le helpteam peut être comparé au Stressteam, mais au niveau local. Au bout de deux ans, j’ai rejoint la recherche locale, d’abord au sein de la section drogue, puis à la criminelle. »
Sandrine a ensuite franchi une nouvelle étape en réussissant l’examen d’inspectrice principale. Elle a alors quitté la ZP Marlow pour la ZP Midi. « J’ai d’abord intégré la section jeunesse, où j’étais personne de référence pour les questions de violence intrafamiliale. La section était également chargée des dossiers de pédophilie et de pédopornographie impliquant des victimes mineures. Je suis ensuite devenue Officier à la Police Locale. »
La coopération internationale, un élément clé
Sa motivation l’a ensuite poussée à passer l’examen de commissaire. Lorsque le poste de responsable de la cellule Child Abuse s’est libéré, elle n’a pas hésité un seul instant à candidater. « Mon souhait était de continuer à exercer une activité dans le domaine judiciaire, que je trouve particulièrement intéressant. En même temps, je ne cherchais pas forcément une fonction de recherche classique. Ce qui m’a surtout séduit dans ce poste, c’est son caractère international. Nous entretenons de nombreux contacts avec différents pays. Mais surtout, nous apportons chaque jour une contribution importante à la lutte contre les abus et nous pouvons vraiment changer la vie de ces enfants », explique Sandrine.
Un juste équilibre entre dossiers et collaboration
« Si le travail opérationnel est bien sûr au cœur de notre mission, le rôle de la cellule va bien au-delà des seules enquêtes », précise Sandrine. « Nous travaillons en étroite collaboration avec des partenaires nationaux et internationaux, participons à divers réseaux d’experts et de prévention, et suivons de près les phénomènes émergents. Les contacts avec nos partenaires étrangers et notre collaboration avec des organisations telles qu’Europol et Interpol nous permettent d’échanger des connaissances en permanence et de nous adapter aux nouvelles évolutions. Cette combinaison rend ce travail particulièrement passionnant, mais elle implique aussi de nombreuses responsabilités. »
« Il est également important de ne pas oublier toutes les personnes en charge des dossiers. Ces collègues possèdent une expertise énorme et travaillent de manière très autonome. Compte tenu du nombre élevé de signalements et d’enquêtes, maintenir la charge de travail à un niveau raisonnable tout en conservant le même niveau de qualité reste une gageure. »
Choisissez de les voir : remettre les enfants au centre de l’attention
Du 12 octobre au 30 novembre 2026, l’ECLAG (European Child Sexual Abuse Legislation Advocacy Group) organise une semaine d’action européenne consacrée à la protection des enfants contre l’exploitation et les abus sexuels en ligne. Avec la campagne Choose to See Them, l’organisation souhaite rappeler aux décideurs politiques que derrière chaque image d’abus sexuel se trouve un véritable enfant. En parallèle, l’ECLAG appelle à la mise en place d’un cadre juridique plus strict et conférant aux plateformes en ligne davantage de responsabilités dans la détection des contenus à caractère pédopornographique, la lutte contre le grooming en ligne et la protection des enfants dans une société où le numérique prend une place de plus en plus grande.
Dans le cadre de cette campagne, l’ECLAG s’est mis en quête de figures de proue nationales (national champions) ayant à cœur de soutenir la campagne par l’intermédiaire de courtes vidéos. Sandrine a également été sollicitée dans ce cadre. « Dans la vidéo, nous devions dire ’I choose to see them’ ainsi qu’un bref message dans une des langues nationales. J’ai finalement enregistré trois versions : une en anglais, une en néerlandais et une en français. »
Pour Sandrine, la décision de participer au projet a été vite prise. « La demande m’est parvenue par l’intermédiaire de Child Focus et je n’ai pas hésité un instant à y répondre. Derrière chaque image se trouve un véritable enfant. Au milieu de débats juridiques et techniques souvent complexes, on risque parfois de perdre cette réalité de vue. C’est la raison pour laquelle j’ai trouvé important de faire passer le message », conclut Sandrine.