Résultats belges de l'opération de police européenne contre les drogues de synthèse
L'année dernière, les services de police polonais, néerlandais, allemands, tchèques et belges ont mis sur pied, en coopération avec Europol, la plus grande opération européenne de lutte contre la production de drogues de synthèse à ce jour. Au total, 24 laboratoires clandestins ont été démantelés, dont neuf en Belgique.
Fin 2024, Europol a mis en place une task-force afin de lutter contre la production et la distribution de drogues de synthèse dans l'ensemble de l'Union européenne. Dans le cadre de cette initiative, et en partie à la demande de la Police Judiciaire Fédérale belge, une enquête a été ouverte sur l'importation à grande échelle de précurseurs – des produits chimiques pouvant être utilisés pour produire des drogues de synthèse – en provenance de Chine et d'Inde.
L'enquête a révélé l'existence d'un réseau criminel qui importait et stockait d'énormes quantités de précurseurs en Pologne pour les distribuer ensuite dans toute l'Europe, notamment en Belgique. Il est également apparu que ce réseau se livrait, entre autres, à des activités de blanchiment d'argent pour financer ses activités illégales.
Des entreprises en Pologne
La structure opérationnelle du réseau criminel était complexe : sept sociétés en Pologne facilitaient l'importation et la distribution des précurseurs. D'importantes quantités de produits chimiques, pouvant également être utilisés dans l'industrie légale, entraient dans l'UE par plusieurs pays et étaient ensuite acheminées en Pologne, où ils étaient reconditionnés et/ou étiquetés frauduleusement en vue de faciliter leur distribution vers les différents sites de production de drogues de synthèse.
Les activités des différents groupes criminels présents dans les pays de l'UE étaient étroitement coordonnées. Il arrivait qu'un groupe soit également responsable, en plus de l'approvisionnement en précurseurs dans un endroit donné, de la production des drogues de synthèse dans un laboratoire clandestin.
Résultats
L'enquête a permis l'identification de plus de 50 sites de livraison et la découverte de 16 sites de stockage dans différents pays. Pas moins de 1 000 tonnes de produits chimiques ont été saisies.
Au total, 24 laboratoires clandestins ont été démantelés, dont 9 en Belgique, dans les provinces d’Anvers, du Limbourg, de Flandre occidentale et du Hainaut.
Les services de police ont mené plus de 100 perquisitions et 85 arrestations, dont 37 en Belgique.
Le réseau criminel visé par cette enquête est composé essentiellement de ressortissants polonais, de même que de quelques ressortissants belges et néerlandais. Tous étaient actifs dans les différents groupes criminels impliqués.
Au total, un demi-million d'euros ont été saisis, ainsi que des véhicules de luxe, des biens immobiliers et 3 559 kilos et 982 litres de drogues, dont de la cathinone, de la MDMA et des amphétamines. En Belgique, 917 litres d’huile d’amphétamine, notamment, ont été saisis.
Plus de 120 000 litres de déchets chimiques ont été découverts.
Eric Snoeck, commissaire général de la Police Fédérale : « Cette opération d’envergure démontre que la coopération policière européenne produit des résultats concrets. Grâce à l’expertise reconnue de la Police Fédérale belge, et en particulier de son pilier judiciaire, combinée à une coordination étroite avec Europol et nos partenaires européens, nous avons frappé les réseaux criminels là où cela fait le plus mal : à la source, en bloquant les précurseurs chimiques. C’est ainsi que nous affaiblissons durablement le crime organisé et renforçons la sécurité de l’ensemble de l’Union européenne ».
Déchets toxiques – le coût environnemental des drogues de synthèse
Les activités criminelles de ces groupes ont généré une importante quantité de déchets toxiques, qui étaient soit stockés sur les sites de production, soit rejetés, causant ainsi un grave préjudice environnemental. Les laboratoires clandestins de fabrication de drogues de synthèse (amphétamine, méthamphétamine, MDMA, cathinone) génèrent des volumes de déchets pouvant être 5 à 30 fois plus importants que le produit final. Pour un seul cycle de production, ces déchets se composent de milliers de litres de solvants, d'acides, de bases et de résidus de réaction.
Lorsqu'ils sont déversés sur le sol, dans des cours d'eau ou dans les égouts, ces déchets peuvent affecter le pH et la teneur en oxygène du milieu, entraînant ainsi la mort des organismes vivant dans le sol, des poissons et des invertébrés aquatiques, ainsi que le dérèglement des chaînes alimentaires locales. Les eaux souterraines peuvent rester contaminées pendant des années, voire des décennies. Dans les sites de production, les personnes, les riverains, les secouristes et les voisins sont en outre exposés à de fortes concentrations de produits chimiques toxiques, corrosifs, inflammables, et parfois explosifs.
Les efforts de l'UE pour lutter contre la production et la distribution de drogues de synthèse
L'édition 2025 de l'évaluation des menaces de la criminalité grave et organisée dans l'UE (« EU SOCTA ») identifie la production et le trafic des drogues de synthèse comme une menace en rapide augmentation. La production varie d'installations industrielles à de petits laboratoires mobiles, lesquels sont d'ailleurs toujours plus nombreux. Les réseaux criminels utilisent systématiquement des structures commerciales légitimes pour se procurer des produits chimiques et des équipements, recourant souvent à des chaînes d'approvisionnement pharmaceutiques et chimiques légitimes, qui ne sont pas conscientes du caractère criminel de ces achats.
La Commission européenne a renforcé la réponse de l'UE face à la menace croissante que représentent les drogues de synthèse et leurs précurseurs, en adoptant – en décembre 2025 – un plan d'action 2026-2030 contre le trafic de drogue. Les principales mesures adoptées dans ce contexte visent à combler les lacunes de la législation sur les « précurseurs sur mesure » (designer precursors) et à évaluer le cadre juridique de l'UE en matière de trafic de drogue. Le plan vise à renforcer les structures juridiques, à durcir les contrôles des précurseurs et à perturber les chaînes d'approvisionnement criminelles, afin d'améliorer ainsi la sécurité dans l'ensemble de l'UE.