Cinq ans après SKY ECC : les résultats de cinq années d’enquête sur les données SKY ECC
Il y a bientôt cinq ans, le 9 mars 2021, avait lieu la plus grande opération policière jamais menée dans notre pays : plus de 200 perquisitions simultanées dans un dossier concernant une organisation criminelle suspectée de fournir des téléphones sécurisés au milieu criminel.
Aujourd’hui, le parquet fédéral, la Police Fédérale et le parquet d’Anvers présentent les résultats de cinq années d’enquête sur les données SKY ECC et les changements auxquels a conduit le déchiffrement de ce service de messagerie cryptée.
Avant…
Fin 2018, le parquet fédéral a ouvert une information après avoir découvert différents cryptophones au cours d’enquêtes menées dans toute la Belgique chez des membres d’organisations criminelles. Il s’agissait de téléphones portables équipés du logiciel de chiffrement SKY ECC, commercialisé par une organisation qui opérait depuis le Canada et les États-Unis. Toutes les applications installées sur ces appareils étaient bloquées, à l’exception de celles de SKY ECC, et des messages écrits ou vocaux chiffrés ainsi que des photos pouvaient être envoyés à un autre appareil de ce genre. L’enquête a été menée par la Police Judiciaire Fédérale d’Anvers. En juin 2019, un juge d’instruction du tribunal de première instance d’Anvers a été saisi.
Dans le cadre de ce dossier, des spécialistes de la PJF Anvers, épaulés par d’autres experts de la PJF et des partenaires en Belgique et à l’étranger, ont tout mis en œuvre pour déjouer le chiffrement. Dans un premier temps, les communications ont été interceptées et enregistrées. Grâce à des recherches approfondies, à une coopération internationale poussée et à l'apport de compétences particulières, un maximum de communications chiffrées ont été décodées. Le point de bascule a eu lieu fin 2020 : le déroulement assez fluide du déchiffrement a permis d’entamer une deuxième phase. Dès la mi-février 2021, une équipe d’environ 80 enquêteurs et magistrats a pu prendre connaissance directement du contenu des messages rendus lisibles. La priorité a été accordée aux messages impliquant potentiellement un danger de mort (threat to life).
Le 9 mars 2021
Le matin du 9 mars 2021, plus de 200 perquisitions simultanées ont été menées par plus de 1 600 policiers dans toute la Belgique, mais surtout à et autour d’Anvers, ainsi qu’à Bruxelles, Liège, Charleroi, en Flandre orientale, dans le Limbourg... L’action judiciaire qui a eu lieu en Belgique s’est concentrée sur la neutralisation de l’infrastructure SKY ECC, la mise hors service du réseau de distribution et la saisie des avoirs d’origine criminelle des revendeurs. Un maximum d’appareils SKY ECC ont été saisis chez les utilisateurs sélectionnés, identifiés antérieurement.
Dans les semaines et les mois qui ont suivi, un grand nombre de nouveaux dossiers ont été ouverts, après que de nouvelles infractions ont été constatées dans les messages instantanés. Des dizaines de procès-verbaux subséquents ont également été dressés dans le cadre d’enquêtes pénales en cours. Ces dossiers ont été traités de manière autonome par les différents parquets impliqués. Néanmoins, une structure de coordination nationale a été établie.
Cinq ans plus tard
Cinq ans plus tard, le nombre de dossiers judiciaires impliquant des données SKY ECC s’élève à 673 : 470 nouveaux dossiers ont été ouverts et 203 dossiers déjà en cours ont été enrichis par des données provenant de SKY ECC. Au total, 4 923 suspects potentiels ont été identifiés par la Police Judiciaire Fédérale dans ces dossiers.
Dans les dossiers relatifs à SKY ECC, 224 290 029 euros ont été saisis au cours des cinq dernières années. Un total de 1 206 personnes ont été condamnées, principalement pour drogue, et ensuite pour violence, blanchiment, corruption, violation du secret professionnel et pour possession d’armes. Au total, 3 684 années de peines d’emprisonnement ont été prononcées par les juges dans 178 décisions judiciaires.
Un grand nombre de dossiers seront encore portés devant le tribunal ou se trouvent en phase d’appel. Et de nouveaux dossiers continuent d’être ouverts.
L'après SKY ECC ?
La gestion d’une opération aussi complexe a clairement prouvé qu’un degré très élevé de spécialisation était nécessaire. Les organisations criminelles internationales utilisent les dernières technologies, notamment pour communiquer. Les mégadonnées générées par ces nouvelles technologies exigent également que la police et la justice utilisent les technologies adéquates pour accéder à ces informations et les gérer, et disposent d'un cadre légal approprié. Les montants illégaux astronomiques générés et blanchis nécessitent davantage d’investissement dans l’approche « follow the money ». Il est plus que jamais indispensable de pouvoir compter sur des policiers et des magistrats spécialisés dans ce domaine.