"Home Invasion" : la violence est préméditée

Dans la majorité des cambriolages, les voleurs évitent autant que possible tout contact avec les occupants de l’habitation visée. Les auteurs d’un "home invasion" recherchent au contraire la confrontation violente avec le propriétaire.  

Maison

Dans la majorité des cambriolages, les voleurs évitent autant que possible tout contact avec les occupants de l’habitation visée. Les auteurs d’un "home invasion" recherchent au contraire la confrontation violente avec le propriétaire.  

Le "home invasion", modes opératoires

Le « home invasion » est un vol ou une extorsion (ou une tentative en ce sens) commis à l’aide de violences (en référence aux articles 468 et 470 du Code Pénal) dans une habitation privée. Le fait que l’auteur soit armé ou non importe peu. La confrontation violente avec les victimes est préméditée, ce qui sous-entend le choix d’une cible et un certain degré de préparation de la part de l’auteur (1).

Cette intention délibérée de l’auteur d’agresser la ou les victimes caractérise le home invasion par rapport au « home jacking » et « vol garage » et autres types de cambriolages (voir notre article précédent En cas de home jacking, comment réagir ?).

La nature du butin visé par les auteurs d’un home invasion n’est pas spécifique : argent, bijoux, objets d’art, appareils high tech, rien n’est exclu. A la différence du home-jacking où l’objectif des auteurs est essentiellement de voler un véhicule.

Dans le contexte « home invasion » où la confrontation violente est l’option délibérément privilégiée, les auteurs considèrent que la victime est la meilleure voie pour accéder au butin espéré. D'où le mode opératoire spécifique :



La préparation

La spécificité du « home invasion » implique que les auteurs choisissent leur cible en fonction de certains critères : personnes âgées ou vulnérables, supposées conserver leurs économies chez elles ou exerçant une profession qui peut les amener à détenir de l’argent liquide, de l’or, des bijoux ou des appareils onéreux à domicile.

Pour préparer leur opération, il n’est pas exclu que les auteurs recueillent au préalable des informations du personnel d’entretien ou de prestataires occasionnels, voire du cercle familial. Il est possible aussi qu’ils procèdent à une reconnaissance des lieux et/ou suivent durant un certain temps leurs futures victimes.

L’agression

Pour entrer en contact avec les victimes, les auteurs recourent à différents subterfuges, en fonction notamment du moment de la journée.

La nuit, ils peuvent s’introduire par effraction, escalade ou au moyen de fausses clés afin de surgir dans le domicile et surprendre les habitants, durant leur sommeil.

Durant la journée, les auteurs peuvent pénétrer à l’intérieur de l’habitation soit directement en profitant par exemple d’une porte non verrouillée ou d’un garage laissé ouvert, soit en se présentant à la porte sous un prétexte quelconque ou une fausse qualité. Par force ou par ruse, ils entrent alors dans la maison et passent immédiatement à l’action en neutralisant les occupants.

Souvent, les auteurs font preuve d’une violence disproportionnée à l’égard des victimes : elles peuvent être frappées, se retrouver ligotées, les yeux et la bouche bandés.

La fuite

Après leur forfait, les auteurs prennent certaines mesures pour faciliter leur fuite et retarder le plus possible l’intervention de la police, comme par exemple, enfermer les victimes dans une pièce fermée à clé, voler leurs téléphones portables ou arrachage des câbles du téléphone fixe.





Est-il fréquent ?

Les chiffres

L’analyse du nombre d’agressions de type « home invasion » commises indique que ce phénomène criminel a connu une certaine stabilité au cours des trois dernières années (2020 à 2022), le nombre total de faits oscillant autour de 140 par an, les tentatives incluses. A noter qu’une baisse importante (- 28%) avait néanmoins eu lieu entre 2019 et 2020.

La proportion d’échecs (méfaits sans butin) demeure relativement stable (de 11 à 13%) également.

Les arrondissements judiciaires

Bruxelles Capitale, Anvers et Liège se révèlent chaque année, mais dans un ordre variable, les plus visés par les « home invasion ». En 2022, ce sont les arrondissements de Charleroi et de Flandre Occidentale qui viennent compléter le top 5 du pays.

Au plan local

La ville d’Anvers est la commune la plus concernée et ce depuis 2019 ; elle est suivie généralement de Bruxelles-ville. Parmi les facteurs explicatifs : il s'agit de communes très urbanisées avec une forte densité d'habitations, ce qui multiplie les cibles (personnes âgées, seules, ...), les logements peu sécurisés et facilite sans doute les repérages discrets.

Timing critique

Les « home invasion » se commettent plutôt en soirée (à partir de 18 heures) et durant la nuit, nettement moins en journée. Ceci peut s’expliquer par la confrontation recherchée, d’où le choix d’un moment où la victime est supposée être présente au domicile.

Aucun jour n’est vraiment épargné par cette problématique, même si on observe une prévalence pour la fin de semaine et du weekend.

La répartition des faits sur l’année montre une diminution entre mai et août, notamment en ce qui concerne l’année 2022.

Le butin

Les constats observés ces dernières années démontrent que les auteurs cherchent surtout à voler de l’argent et des bijoux. Les appareils de téléphonie complètent le trio des types de gains dérobés à la suite des « home invasion ».

Les auteurs

Quant aux auteurs identifiés, ils sont rarement plus de trois, principalement de sexe masculin, majeurs d’âge et de nationalité belge.



Vincent VANDERKELEN et Nicolas CALLANT

Criminologues et Conseillers Police Judiciaire Fédérale

 

(1) Circulaire COL 08/2015 La notion de “vol à main armée” et la réaction policière et judiciaire en la matière dans le cadre de la criminalité grave et/ou organisée. Disponible sur

https://www.om-mp.be/fr/savoir-plus/circulaires