Désamorcer la crise de colère d’un jeune

Face à une crise de colère, les réponses spontanées sont habituellement de l’ordre de la peur ou de l’hostilité, ce qui ne fait qu’empirer la situation.

Le jeune peut soit être conscient de ses actes et peut dès lors décider de se calmer, soit ne pas en être conscient et ne pas pouvoir contrôler son agressivité. 

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En tenant compte des signes précurseurs de la colère et en s’y adaptant adéquatement, l’adulte augmente les chances de court-circuiter la survenue d’une explosion de colère.

Cerner les phases de la colère

Une crise de colère comporte habituellement 3 phases :

· L’escalade : de nombreux signes d’impatience ou de gêne sont déjà visibles, voire même des comportements plus menaçants.

· La crise : les capacités de maîtrise du jeune sont dépassées. Il devient alors compliqué de diminuer l’aggravation de la situation en tentant de raisonner simplement le jeune.

· La post-crise ou phase de récupération : les émotions négatives ont pu être déchargées et le jeune est à nouveau disponible pour pouvoir dialoguer. En fonction des évènements, d’autres émotions négatives peuvent survenir telles que la honte ou la culpabilité.

Les adultes agissent généralement pendant la phase de crise car c’est à ce moment que les manifestations sont davantage visibles et/ou dérangeantes. Or, la phase clé pour agir est la phase d’escalade.

Identifier la phase d’escalade pour éviter la phase de crise

Il est important pour l’adulte de prendre du recul et de ne pas se précipiter dans ses propres schémas d’intervention en analysant finement la situation et en observant les attitudes non verbales du jeune.

Avoir les poings fermés Taper du poing ou du pied Poser les mains sur les hanches Avoir le corps tendu Présenter un regard fixe avec les yeux à demi clos Elever le ton de la voix Augmenter ou ralentir son débit de parole Recourir à des paroles blessantes Accélérer son rythme respiratoire Transpirer.

Intervenir en phase d’escalade

Le dialogue est encore possible et l’adulte peut tenter de comprendre ce que le jeune traverse et cherche à exprimer. Quelles sont les émotions qui le perturbent et quelles sont les pistes de solutions qui seraient susceptibles de l’apaiser. Pour rendre cela possible, les principes de la communication non violente sont d’une grande utilité. 

· Observer les gestes de son interlocuteur, sa communication non verbale.

· Exprimer ses sentiments le plus précisément possible sans phrase accusatrice : Je comprends que tu aies besoin d’exprimer ton mécontentement face à cette situation et que tu puisses être en colère. De mon côté, je me sens très inconfortable lorsque l’on me parle comme cela.

· Exprimer ses besoins : J’ai besoin que l’on se parle plus calmement et avec respect pour que l’on puisse chercher ensemble une piste de solution.

· Exprimer une demande : transformer le "il faut" en "peux-tu" : Pourrais-tu prendre un moment afin que nous puissions discuter un peu ensemble ? 

Afin que la communication non violente soit efficace, il est important de faire confiance : ne pas partir du principe que la discussion est perdue d’avance, avoir un a priori positif au sujet du jeune et laisser ses préjugés de côté. Autre chose essentielle : faire preuve d’empathie en tentant de se mettre à la place de l’autre pour essayer de comprendre ses réactions.  

Les conseils

· Veiller à adopter une attitude bienveillante et empathique. Avant d’engager la conversation avec le jeune, faire le point sur son état personnel. Dans quel état d’esprit est-on ?

· Prendre le temps d’envoyer des signaux d’apaisement à son corps en pratiquant un petit exercice de respiration profonde (inspirer doucement en profondeur, l’air doit gonfler le ventre comme un ballon, expirer ensuite doucement, recommencer autant de fois que nécessaire)

· Se montrer présent à l’autre en montrant un réel intérêt en pratiquant l’écoute active. Poser des questions ouvertes au jeune afin de comprendre ce qui le

rend en colère.

· Aider le jeune à concrétiser et à verbaliser le plus possible ce qu’il ressent ou ce qui le frustre.

· Reformuler les propos afin de bien faire comprendre que l’on a saisi le problème.

· Valider les émotions en jouant la carte de l’empathie pour montrer au jeune que l’on perçoit sa détresse et qu’on lui témoigne du soutien.

· Cerner les besoins : poser la situation afin de l’aider à réfléchir à des stratégies de résolution de problème.

· S’exprimer en « Je » afin d’éviter le ton accusateur du « tu ». 

Les pièges à éviter  

· Faire remarquer l’agressivité avec insistance : « tu es bien agressif ! »

· Porter des jugements de valeur : « Ce n’est pas bien de se mettre en colère ! »

· Culpabiliser ou minimiser la situation : « Tu exagères, ce n’est pas grave ! »

· Adopter un ton condescendant ou une attitude hautaine et indifférente (par exemple, en tournant le dos).

· Montrer des signes d’impatience ou d’exaspération (mains sur les hanches, taper du pied)

· Envahir l’espace du jeune en s’avançant avec autorité, en pointant du doigt.

Mélanie SAEREMANS 
Psychologue-Psychothérapeute

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