Violences sexuelles facilitées par la drogue : Prévenir, détecter, soutenir

Des bonnes pratiques mettant l’accent sur la prévention et la détection existent. Leur adoption combinée permettrait de sensibiliser le public et les professionnels concernés, de renforcer la réponse judiciaire et de mieux soutenir les victimes.

© asbl BRAVVO - Cyrus Pâques

Adapter les environnements de consommation

Certaines réactions et actions entendant lutter contre les violences sexuelles facilitées par la consommation de drogues tendent à se focaliser sur lesdites drogues et à les considérer comme le problème à régler.

Les substances psychoactives sont toutefois un moyen mobilisé dans le cadre d’un crime. Le réel problème est la perpétuation de violences sexistes[1] et sexuelles.

Il reste bien sûr nécessaire de mettre en place des dispositifs limitant les risques liés à la consommation (volontaire et involontaire) de drogues lors d’évènements sociaux et/ou festifs. Ceci passe notamment par une adaptation des lieux de rencontre et de fête (voir tableau). 

Informer, sensibiliser et prévenir

La lutte contre ces violences repose aussi sur l’amélioration de nos connaissances et le renforcement des actions de prévention et de sensibilisation à la fois en matière de consommation de produits psychoactifs et de consentement[2].

La lutte contre les violences sexistes et sexuelles reposera de plus sur une réelle politique de sensibilisation, de prévention et de lutte contre la culture du viol[3]. Un tel projet repose notamment sur l’éducation à la vie sexuelle et affective, dispensée à toutes et tous et abordant (avec une approche critique et de manière adaptée selon l’âge) les notions de genre et de consentement, les violences sexistes et sexuelles, et l’usage de drogues (alcool compris) et ses interactions avec les comportements et le consentement. 

Soutenir les victimes

Il est également central de renforcer l’aide et la prise en charge des personnes victimes par les services de soins et par les autorités publiques (police, justice), notamment grâce à la formation des professionnels et aux unités spécialisées[4], et d’encourager les victimes à porter plainte. Pour cela, les autorités doivent mettre à disposition des procédures claires et adaptées pour les personnes en contact avec les victimes et promouvoir la lutte contre l’impunité des auteurs.

Pour être mises en œuvre, les recommandations issues de la recherche scientifique et des constats de terrain requièrent des moyens financiers et humains dont ne disposent pas toujours les acteurs et services concernés. C’est pourquoi leur application repose en premier lieu sur une volonté politique forte et sur le renforcement des moyens injectés.

Résumé des recommandations

Adapter les environnements festifs (publics et privés)

  • Renforcer les dispositifs de prévention (testing des produits, messages de sensibilisation, personne référente en cas de harcèlement ou agression, etc.)
  • Sensibiliser et former le personnel de sécurité et de service : consommation de drogues, consentement, harcèlement, écoute et prise en charge des victimes, etc.
  • Sensibiliser les publics festifs (stands, maraudes, etc.)
  • Mettre en place un système interne de signalement ou d’urgence
  • Encourager les personnes victimes et les témoins à intervenir ou à prévenir le personnel de sécurité

Renforcer la réponse judiciaire

  • Diffuser et garder à jour des directives et protocoles portant sur la prise en charge des soumissions chimiques : prélèvement d’échantillons, examen clinique, analyse toxicologique, accompagnement non-jugeant, etc.[5]
  • Améliorer la connaissance de la loi auprès des professionnels en contact avec les victimes

Soutenir les victimes

  • Renforcer les dispositifs d’aide et de soutien aux victimes de violences sexistes et sexuelles (par exemple, SOS Viol, CPVS…)
  • Améliorer l’accueil et la prise en charge des victimes (non-jugement, écoute active, explication des procédures…) par les professionnels (police de première et seconde ligne, justice, personnel soignant, personnel de sécurité)
  • Améliorer la disponibilité et l’accessibilité de la prise en charge médicale d’urgence par un personnel formé

Encourager le dépôt de plainte

  • Mener des campagnes d’information à destination du grand public, visant à :
    • Améliorer la connaissance de la loi
    • Améliorer la détection et le rapportage des violences et des soumissions chimiques
    • Promouvoir les services et unités spécialisés
  • Encourager les victimes à chercher de l’aide au plus vite et à déposer plainte



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Clémentine STEVENOT   

Chargée de projets scientifiques auprès de Eurotox asbl



Référence :

Eurotox asbl (2022) « Violences sexuelles facilitées par la consommation de drogues », www.eurotox.org 

[1] Le sexisme est une réalité sociologique qui désigne « un ensemble de convictions ayant trait aux sexes et à la relation entre les sexes » (Institut pour l’Egalité des Femmes et des Hommes). Il implique des relations hiérarchiques entre les hommes et les femmes, dans lesquelles les femmes sont en position d’infériorité. C’est un système de croyances qui se manifeste de diverses façons : violences sexuelles, physiques, psychologiques, institutionnelles et économiques.

[2] En Belgique, plusieurs associations mènent des actions de sensibilisation en milieu festif et luttent contre le harcèlement et les violences sexistes et sexuelles, (e.g. Plan SACHA, les actions de sensibilisation de Sex&Co, les actions du collectif « Laisse les filles tranquilles »).

[3] La culture du viol désigne l’environnement social et médiatique permettant de minimiser, normaliser et justifier les violences sexuelles, alimentées par les inégalités persistantes entre les sexes et les attitudes à leur égard. Elle est ancrée dans notre façon de penser, de parler et d’agir dans le monde (Nations Unies Femmes, 2019).

[4] Actuellement, la Belgique tient à sa disposition sept Centres de Prise en charge de Violences Sexuelles (CPVS). Une cellule policière a été spécifiquement créée à Bruxelles pour recevoir et prendre en charge les victimes de violences sexuelles ou intrafamiliales, en collaboration avec les CPVS.

[5] Voir par exemple la boite à outils du NSVRC (National sexual violence resource center)

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