Gérer la post-crise de colère d’un jeune

Gérer la crise de colère d’un jeune qui se montre agressif ne se limite pas à canaliser son comportement violent. La post-crise doit au contraire être mise à profit pour l’aider à prendre du recul et à mieux contrôler ses émotions. 

Dans les articles précédents, nous avons décrypté les signes avant-coureurs d’une crise de colère et exposé des pistes d’interventions communicationnelles. En dernier recours, nous avons détaillé les procédures d’une immobilisation physique progressive.

Une fois la tempête passée, les différents protagonistes sont souvent épuisés et il n’est pas rare que l’encadrement de la post-crise soit négligé. Or, cette étape est cruciale pour que les efforts consentis ne soient pas vains et puissent inciter le jeune à réfléchir et trouver des solutions. 

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Les étapes clés après une immobilisation physique

Si les comportements violents du jeune ont rendu l’immobilisation indispensable, l’intervenant doit prévoir :

  • L’examen physique du jeune: une personne tierce doit pouvoir examiner physiquement le jeune, idéalement quelques minutes après l’immobilisation. Un membre du personnel infirmier, ou toute personne qui possède des connaissances en premiers soins, peut assurer le suivi.
  • L’avertissement de la hiérarchie (direction de l’école ou de l’établissement, supérieur hiérarchique) dans les plus brefs délais. La direction a en effet la responsabilité d’informer les parents ou les tuteurs légaux du jeune, des évènements et du contexte de la crise. 
  • La rédaction d’un rapport sous 48h : Il est fortement conseillé de toujours rédiger un rapport détaillé de la situation même si les faits peuvent paraître courants et/ou anodins (séparer deux élèves qui se battent). En effet, ce rapport pourrait être utile, au cas où l’intervention serait remise en question par les parents, par le jeune lui-même ou par la direction.

Le compte-rendu détaillé a pour objectif de démontrer que l’intervention physique a été effectuée dans l’intérêt du jeune ou dans celui de protéger d’autres personnes. Il pourra également être mis à disposition en cas de poursuites judiciaires.   
 

La post-crise : un temps pour penser et dialoguer

La post-crise correspond au moment où le jeune a mis un terme à ses comportements violents. Il est, la plupart du temps, épuisé, et bouleversé. Il peut pleurer, chercher un contact physique, ou encore, se replier. Il peut présenter des spasmes et un rythme respiratoire plus lent.

Moment privilégié pour l’aider à conscientiser les répercussions de sa perte de contrôle et chercher des pistes pour mieux apprivoiser ses frustrations à l’avenir.
 

Les pièges de l’interprétation chez l’adulte

Avant d’entamer la phase de dialogue en post-crise avec le jeune, l’adulte doit faire le point sur son propre état psychologique. Eprouve-t-il de la difficulté à canaliser son agressivité ? Est-il encore sous le choc ou en état de peur ? Dans l’affirmative, il pourrait ressentir certains blocages à rester objectif et analyser la situation avec calme. S’il ressent de l’animosité envers le jeune, il pourrait même être amené à lui imposer des sanctions inadéquates et démesurées.

Interpréter la crise de colère comme une attaque personnelle, une atteinte à son autorité ou le signe de son impuissance et de son incompétence, peut entraver l’effort d’accompagnement du jeune en ce moment difficile. A contrario, si l’adulte fait preuve d’empathie et parvient à se décentrer, il pourra comprendre que le jeune fait face à des émotions négatives dans un contexte où il n’arrive pas à mobiliser des ressources adéquates pour faire face et s’adapter. L’intervenant pourra ainsi comprendre qu'aider le jeune à surmonter cet obstacle est important. 

Les objectifs de la post-crise

La communication avec le jeune en post-crise vise à amener celui-ci à identifier :

  • Les sources de sa frustration et l’origine de la montée de violence.
  • Les raisons de l’ampleur de la crise.
  • D’autres pistes de solution pour faire face à cette frustration.
  • Les conséquences négatives de sa perte de contrôle.

Comment aider le jeune à prendre du recul face à la crise ?

  • Analyser la crise : Qu’est-il arrivé ? Comment as-tu réagi ?
  • S’interroger sur les réactions : Penses-tu que lancer cette chaise était une bonne idée dans les circonstances que tu décris ?
  • Amener le jeune à réfléchir à d’autres réactions plus adéquates : Que pouvais-tu faire d’autre pour régler ce conflit avec ton camarade ?
  • Lui proposer de réparer le geste violent : A présent, que peux-tu faire ?

Au cours de cette phase, l’adulte va évaluer la coopération et l’honnêteté du jeune.

Si celui-ci refuse de se remettre en question et de réfléchir à des moyens pour réparer son geste, l’intervenant, qui fait figure d’autorité, devra lui imposer dans un temps raisonnable, une conséquence qu’il juge adaptée.

Une conséquence plutôt qu’une punition

En phase de post-crise, le but recherché n’est pas de punir mais d’aider le jeune à faire un lien entre ses émotions, ses comportements et les conséquences de ses actes pour l’aider à trouver d’autres stratégies de résolution de problèmes plus pertinentes dans le futur (le dialogue, le recours à des tiers).

Afin que ce lien puisse se faire, il est essentiel qu’une conséquence suive la crise (présenter des excuses, effectuer des travaux d’intérêt général, réparer la casse). La conséquence, contrairement à la punition, entraine une tentative de réparation des comportements violents. Le jeune agit, il ne subit pas. S’il est assez mature, il est bénéfique de décider avec lui des conséquences pour lesquelles opter. Si l’adulte est contraint de les imposer, il est crucial de s’assurer que le jeune comprenne le sens de la décision.

 

Mélanie SAEREMANS
Psychologue – Psychothérapeute

Références :

http://www.ac-grenoble.fr/ais74/IMG/pdf/contention_et_colere_canada.pdf
https://www.passeportsante.net/fr/Therapies/Guide/Fiche.aspx?doc=communication_non_violente_th