Publics précarisés et sûreté au sein du réseau de la STIB
La STIB a publié son premier diagnostic qui a pour but d'objectiver au mieux l’état de sûreté de son réseau. Elle a ainsi pu mettre notamment en lumière la nature exacte du lien entre la sûreté sur son réseau et la présence de publics précarisés.
Les personnes précarisées en question
Le diagnostic a porté sur un large public constitué de personnes dites en errance dont la présence et les comportements peuvent être une source importante d’insécurité – le plus souvent ressentie par le personnel ou les voyageurs.
La gestion par la STIB de ce public hétéroclite représente près de la moitié des signalements adressés au dispatching, parfois pour des raisons de sûreté, mais le plus souvent en raison simplement de leur visibilité jugée incommodante pour la clientèle. La problématique tend à s’amplifier avec le temps. Le nombre de signalements liés à ce type de public a en effet augmenté de plus de 17% sur la période « 2015-2019 ».
L’analyse a plus précisément mis en évidence une série d’enseignements portant directement sur l’articulation entre certaines problématiques de sûreté et certains profils spécifiques, notamment les « sans-abri », les personnes toxicomanes et les personnes alcoolisées chroniques.
- Les personnes « sans-abri » dites parfois « SDF » sont très rarement impliquées dans des problématiques de sûreté. Ainsi, à peine 2,2% de l’ensemble des agressions verbales (ou gestuelles) signalées sont à mettre à leur actif. Les agressions physiques étant, quant à elles, particulièrement rares. Elles représentent 0,4% de l’ensemble des agressions de cette nature répertoriées. Ce public est, à la lecture de ces chiffres, presque exemplaire en matière de sûreté. Le fait qu’une partie des « SDF » s’adonne aussi à la mendicité ne modifie en rien ce constat.
- Les personnes toxicomanes sont de plus en plus nombreuses au sein du réseau de la STIB. Les analyses y ont relevé - sur la période « 2015-2019 » - une hausse des signalements les concernant de plus de 250%. Ce constat semble trouver un écho au niveau de la Région de Bruxelles-Capitale, laquelle a vu le nombre d’infractions liées aux stupéfiants également croître sensiblement. Cela dit, ce type de public s’avère être, comme pour ce qui concerne les « sans-abri », très rarement impliqué dans des interactions verbalement agressives, ou encore dans des bagarres. Environ un petit 2% de ce type de comportements les concerne en tant qu'auteurs.
- Les personnes alcoolisées chroniques se caractérisent par une présence sur le réseau relativement stable depuis 2016. Mais à la différence des deux types de profil précédents, elles sont nettement plus agressives. 10,4% des d’agressions verbales et 2,9% des agressions physiques les concernent en tant qu’auteurs. Le produit consommé est sans doute un facteur particulièrement désinhibant.
Conclusions
Les problématiques de sûreté auxquelles doit faire face la STIB procèdent essentiellement de phénomènes qui, nourris par une précarité sociétale aux multiples facettes, contribuent à générer un manque de sûreté davantage ressentie que réelle. Cette prise de conscience rendue possible grâce à ce premier diagnostic a amené la STIB à effectuer dans la foulée une étude plus approfondie destinée à mieux comprendre comment s’opère ce lien « précarité/manque de sûreté », mais également comment le personnel entend y faire face.
Cette étude consécutive est achevée et fera prochainement l’objet d’une publication par le GEPS (UCLouvain).
Prochain article : Les comportements problématiques sur le réseau STIB
Source :
V. Francis et G. Queeckers (2022), La sûreté au sein de la STIB. Premier diagnostic de sécurité et impact de la Covid-19, Bruxelles, Politeia
https://www.politeia.be/fr/publications/328488-la+surete+au+sein+de+la+stib
Vincent FRANCIS
Chargé de cours invité à l’UCLouvain
Chercheur du Groupe d’Études sur les Politiques de Sécurité de l’UCLouvain (GEPS) https://uclouvain.be/fr/chercher/cmap/geps.html
Geneviève QUEECKERS
Coordinatrice de l’Observatoire « Sûreté » de la STIB
Analyste, Corporate Security Office de la STIB