Analyser les risques lors de violences conjugales

Les violences conjugales peuvent virer au drame. Prendre en compte certains facteurs permet de réagir à temps : 

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Le premier conseil à suivre : éviter la banalisation. Chaque situation est spécifique et se doit d’être analysée au regard des éléments propres à l’auteur, à la victime et/ou à leur entourage et doit également être replacée dans son contexte !



Quelques points précis pour guider l’évaluation

Se soucier du CONTEXTE dans lequel vivent l’auteur et la victime

Si l’auteur et/ou la victime vivent une situation éminemment stressante, un signal d’alarme doit s’allumer !

Une séparation est un moment particulièrement inquiétant, d’autant plus lorsqu’elle n’est pas acceptée par l’auteur. Celui-ci risque d’intensifier ses violences parce que la dynamique qu’il entretient (entretenait) avec la victime est bouleversée.

Plusieurs études ont d’ailleurs démontré que la période qui précède ou qui suit une rupture est un des moments les plus à risque d’homicide conjugal.

Il faut également être attentif aux problèmes financiers, professionnels et relationnels que l’auteur et/ou la victime peuvent rencontrer. Par exemple, un décès, des conflits extrêmes avec les enfants, des difficultés d’ordre sexuel... 

Plus spécifiquement, lorsque l’auteur pense que la victime entretient une relation avec une autre personne (à tort ou à raison) et qu’il ne l’accepte pas : il faut être vigilant ! Cette situation déstabilise l’auteur, qui peut repousser ses limites car il ne parvient pas (plus) à avoir une emprise sur la victime, à la contrôler.

Examiner le PASSE et le PRESENT

Tout intervenant doit réagir lorsqu’il constate que les violences augmentent en intensité, se diversifient et/ou sont plus fréquentes !

Ce phénomène, généralement connu sous le nom de « l’escalade de la violence » est en effet particulièrement inquiétant et il y a lieu de réagir au plus vite pour éviter un homicide conjugal.

A cet égard, la perception de la victime joue un rôle majeur, en particulier lorsqu’elle fait part d’un changement dans le comportement du suspect, lorsqu’elle signale qu’il devient de plus en plus nerveux, qu’il n’est plus le même. La victime est parfois plus à même de juger la situation dans laquelle elle se trouve, étant donné qu’elle vit avec l’auteur, connaît sa manière de fonctionner et de réagir.

S’intéresser au PROFIL de l’auteur et de la victime  

Il est important de tenir compte de certaines caractéristiques liées à l’auteur. Ainsi, il importe de s’interroger (à titre non-exhaustif) à propos de :

  • Sa personnalité et son fonctionnement au quotidien. Les risques sont notamment plus élevés lorsque l’auteur menace (a déjà menacé) de se suicider et d’entraîner avec lui d’autres personnes dans la mort (notamment ses enfants).
  • Ses antécédents judiciaires, notamment s’ils ont un lien avec des faits de violence.

    Il y a lieu de réagir rapidement si l’auteur ne respecte PAS une ou plusieurs décisions judiciaires qui ont été prises à son égard, telles qu’une mesure d’interdiction temporaire de résidence ou une libération sous conditions.
  • Sa consommation d’alcool, de drogue et/ou de médicaments. De telles substances permettent une désinhibition favorisant un passage à l’acte violent.

Mais il faut également porter son attention sur la victime. En effet, la situation est préoccupante lorsque celle-ci :

  • Est vulnérable en raison de son âge, d’une grossesse, d’une maladie, d’une infirmité ou d’une déficience physique ou mentale, ou est en situation de séjour précaire sur le territoire.
  • Entre en résistance par rapport à l’auteur, commence à lui tenir tête et/ou modifier ses comportements abusifs (voir notre article précédent).
  • Craint pour sa vie, celle de ses enfants et/ou celle de toute autre personne qui fait partie de son noyau familial.
  • Est isolée et ne dispose d’aucun soutien social.
  • Subit des pressions familiales et/ou culturelles. Par exemple, lorsque la victime ne veut pas porter plainte afin de préserver l’honneur de sa famille.

En outre, il faut prendre en compte les autres personnes qui vivent avec l’auteur et/ou la victime, comme des enfants, des grands-parents car ces derniers peuvent également subir et/ou être témoins de ces violences. Une aide devra également leur être apportée.  

Connaître les facteurs de protection, les RESSOURCES de l’auteur et de la victime

Pour évaluer au mieux une situation de violences conjugales, il ne faut pas uniquement se focaliser sur les facteurs de risque. Les facteurs de protection, les ressources de l’auteur et de la victime doivent également être pris en compte et ce, pour deux raisons. D’une part, ces facteurs de protection permettent de réguler et/ou d’atténuer les risques présents et d’autre part, ils orienteront la prise en charge.

Ainsi, à titre non-exhaustif, il y a lieu de se demander si l’auteur et/ou la victime sont capables :

  • de subvenir à leurs besoins fondamentaux
  • de discuter de la violence
  • d’accepter de l’aide
  • de reconnaître les facteurs déclencheurs des violences
  • d’élaborer un plan de sécurité…

Quels outils pour évaluer les risques en matière de violences conjugales ?

Plusieurs outils sont utilisés à travers le monde pour évaluer les situations de violences conjugales. Ceux-ci varient en fonction de leur objectif et de leur contenu. En Belgique, depuis le 1e janvier 2021, la circulaire COL 15/2020 est entrée en vigueur. Elle vise à généraliser l’utilisation par les services de police et les parquets, d’un outil d’évaluation du risque de première ligne, en matière de violence dans le couple. En appliquant la démarche développée dans cette circulaire, les membres des services de police et des parquets peuvent mieux repérer les situations les plus à risque et leur accorder une attention immédiate.

L’outil développé est formulé de façon accessible afin d’être compris par tout intervenant, spécialisé ou non en la matière et permet d’évaluer chaque situation dans sa globalité, en tenant compte de l’auteur, de la victime et du contexte dans lequel ils se trouvent. En outre, il s’intéresse à tous les facteurs de risque et de protection décrits précédemment.

Quelles sont les premières réactions à adopter ?

Afin de diminuer les risques et apporter une aide à l’auteur et/ou à la victime, de « simples » gestes peuvent être mis en place comme au minimum transmettre des informations, telles que les numéros d’urgence, les adresses des hôpitaux, des commissariats et/ou des services d’aide spécialisés en matière de violences conjugales. En effet, dès qu’un réseau se met en place autour de l’auteur et/ou de la victime, on intervient plus rapidement et on agit pour lutter contre les violences conjugales.

Axelle BEGHIN

Criminologue au Parquet général près la cour d’appel de Liège

Sources :

Beghin, A., & Laouar, N. (2020). La violence conjugale : Évaluation du risque et éloignement du domicile. Éditions Politeia.

Circulaire COL 15/2020 « Outil d’évaluation du risque » - Directives du Collège des procureurs généraux visant à généraliser l’utilisation d’un outil d’évaluation du risque de première ligne en matière de violence dans le couple par les services de police et les parquets. Disponible sur

https://www.om-mp.be/fr/savoir-plus/circulaires



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